Journal d'un voyageur du monde

Il y a une joie revigorante dans le seul fait d'avancer. Car ce n'est pas tant le fait d'aller "là-bas" qui compte, mais le fait d'aller, le seul fait d'avancer...

04 décembre 2002

Phir melengay Inde !

Voilà, c'était la dernière journée de mon périple en Inde. Je n'avais plus qu'à attendre le soir pour me rendre à l'aéroport. J'étais content de rentrer en France et je n'avais plus envie d'écrire. Et même si je me sentais un peu fatigué par ce voyage de 2 mois à travers le sous-continent indien, je savais que dans peu de temps, le virus du voyage allait me reprendre et que je "devrais" à nouveau repartir. Probablement pas pour l'Inde (pas tout de suite, en tout cas) car il fallait maintenant me laisser passer un peu de temps, me laisser digérer ce pays car un voyage en Inde ne vous laissait, lui, jamais indemne...

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03 décembre 2002

Navet indien

Ce matin, je traînai sur les larges avenues de New-Delhi pollué. Cette ville était vraiment bizarre sans véritable lieu d'intérêt. D'un côté, il y avait Old Delhi avec ses maisons délabrées, ses petites rues, sa foule et de l'autre, New Delhi avec ses immenses et larges avenues désertes. L'une comme l'autre ne me satisfaisaient guère. Il n'y avait pas de véritable centre excepté Connaught Place, bien quelconque. Je traînai à nouveau sur cette place l'après-midi puis j'allai au cinéma à 17H. Le cinéma était d'un kitsch pur chappati, la projection d'une qualité déplorable sans parler du contenu du film, une espèce de mélo érotico-navet d'une débilité consternante. Ce fut probablement le pire film (était-ce vraiment un film ?) qu'il m'avait été donné de voir de toute ma vie. C'était dire ! Mais bon, je poursuivis l'expérience jusqu'au bout car je n'avais, de toutes façons, rien de mieux à faire.

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02 décembre 2002

Transition

J'arrivai à New-Delhi sain et sauf et j'en étais grandement soulagé. Le train était parti comme prévu à l'heure de Varanasi et comme prévu, il arriva à Delhi avec 2 heures de retard. J'y avais très mal dormi, frigorifié dans mon sac à viande vraiment limite maintenant avec les nuits qui rafraîchissaient. J'intégrai une guesthouse dans le nouveau Delhi éprouvant un besoin de modernité après cet apocalyptique séjour dans l'Inde profonde de Bénarès. Le quartier avait pas mal de similitudes avec ceux d'une ville occidentale et cela me fit du bien. Je récupérai une bonne partie de l'après-midi avant d'aller me balader un peu sur Connaught Place et terminer cette journée de transition.

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01 décembre 2002

En partance...

Je me réveillai à nouveau dans un état plutôt fébrile mais sans fièvre. J'avais probablement pris un petit coup de froid car les nuits étaient fraîches à cette époque ici. Le petit-déjeuner me remit à peu près d'aplomb. J'allai donc devoir maintenant passer une bonne partie de la journée à la guesthouse puis me rendre à la gare de Varanasi pour attendre mon train qui devait me ramener en début de soirée à destination de Delhi. Bêtement, j'étais un peu stressé à l'idée que le train, pour une raison ou pour une autre, ne me fasse faux bond m'obligeant à une course contre la montre effrénée pour relier la capitale. Mais, il n'y avait pas vraiment de bonnes raisons de paniquer car si les trains indiens arrivaient toujours en retard, ils partaient en revanche, à peu près à l'heure. Je devais donc faire preuve de calme et de patience. En tout cas, j'étais content de quitter Varanasi même si je savais que j'avais encore presque trois jours à poireauter à New-Delhi, mégalopole que je n'aimais pas et quand bien même j'avais décidé cette fois de me poser dans un quartier plus "résidentiel" à l'écart des foules, du bruit et de la pollution.
Je pris donc congé de Stéphanie qui avait eu la courtoisie de me tenir compagnie toute la matinée et une bonne partie de l'après-midi. Je quittai les ghats vers 16H, traversai la ville juché sur un cylo-pousse et j'attendis patiemment mon train.

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30 novembre 2002

Pré-bilan

J'avais bien dormi, très bien même. Du coup, au réveil, je me sentis un peu mieux. Le problème étant de savoir si j'allais maintenant garder cette petite forme toute la journée. Je décidai donc d'aller me balader dans la vieille ville mais je compris rapidement que le coeur n'y était pas (ou plus). Je ne trouvais plus aucun plaisir à me promener dans ces villes indiennes et tout m'exaspérait. J'étais trop faible pour apprécier quoique ce soit et je n'avais pas assez de forces pour prendre du recul et envisager le tout avec humour. J'étais saturé par cette ville de "psychopathe" comme disait Renaud. C'était un enfer car aux habituels problèmes de foule, de circulation, de pollution et de bruit, il fallait ajouter le concentré de détritus humains d'une saleté repoussante. Vraiment, Bénarès était un endroit hors du commun et il fallait être ici en pleine forme pour absorber le choc, ce qui n'était pas mon cas. Au déjeuner, j'arrivai à absorber avec meilleur appétit une purée de patates et une omelette ce qui eut le don de me ragaillardir un poil. Puis, je restai tout le début de l'après-midi en compagnie de Renaud qui attendait son train en partance pour Calcutta puis l'Orissa. Ce type était intarissable, un bavard de première et derrière son apparence de gros dur baroudeur, je devinais quelqu'un de fragile et d'hyper-sensible. Je ne me lassais pas de l'écouter me parler de ses voyages, de ses amis, de ses relations avec les femmes, de son boulot et de la police en général. Il était increvable et il avait un débit de mots à la minute impressionnant, associant un français parfait à des tournures argotiques dignes du meilleur San Antonio. Et ce fut avec un nouveau pincement au coeur que je me séparai de lui car nous nous suivions maintenant depuis quelques jours et quand bien même nous n'avions pas été souvent ensemble à Varanasi en raison de mes dysfonctionnements intestinaux, nous avions malgré tout passé ensemble d'excellents moments. C'était un type attachant même si partager le quotidien d'un olibrius pareil ne devait pas toujours être de tout repos.
En attendant, je me sentais bien mieux et bien que j'étais à l'heure critique de la fin d'après-midi crépusculaire, je ne ressentais pas de mal-être ni d'angoisse comme les deux jours précédents et, ma foi, cela me donnait du baume au coeur et j'en avais bien besoin dans cette ville de fin du monde.

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Je décidai donc, après le départ de Renaud, de retourner sur les ghats car il n'y avait pas grand-chose d'autres à faire. La balade fut de courte durée car arrivant sur les ghats de crémation, je rebroussai chemin, n'arrivant toujours pas à me faire à ce spectacle morbide. Je me dirigeai donc dans le sens opposé et là encore, je dus stopper net mon élan car on avait entrepris, à l'aide d'une lance à incendie, de charrier dans le fleuve un amoncellement d'immondices qui dévalait les escaliers, en provenance de la vieille ville. L'ensemble formait un torrent antédiluvien infranchissable qui se répandit dans le fleuve où barbotaient quelques pélerins dans un maelström écoeurant où la totalité des maladies infectieuses de la planète devait se reproduire et proliférer à tout va. J'avais retrouvé un semblant de santé et je ne souhaitais pas, à la vue de ce spectacle, retrouver mon état nauséeux de la veille. Aussi, ma tentative de balade fut étouffée dans l'oeuf (pourri) et je revins à la guesthouse d'où, du haut de mon balcon avec vue imprenable sur le Gange, je pouvais prendre suffisamment de hauteur et de recul avec cet endroit terrifiant. En clair, il fallait les avoir bien accrochées pour baguenauder dans cette ville de fin du monde.

En attendant, l'heure du bilan approchait. Deux mois étaient passés depuis mon arrivée et le temps me semblait avoir défilé assez rapidement malgré quelques longues journées à "tuer le temps". Je m'aperçus que la deuxième partie de mon voyage (après le nord de l'Inde) avait été plus fastidieuse. Mais j'étais assez fier de moi car mon état d'esprit avait été bien meilleur que lors de mon premier séjour en 1999 et j'étais en quelque sorte réconcilié et avec ce pays et avec moi-même. Pourquoi ne pas revenir une troisième fois ? Au Ladakh ? Dans le Nord-Est de l'Inde ? Ou alors tout au sud, au Tamil Nadu ? En tout cas, je n'envisageais pas de revenir tout de suite car il y avait plein d'autres endroits dans le monde où je souhaitais me rendre et j'avais besoin de faire aussi un break avec ce pays où voyager façon routard à l'approche de la cinquantaine, était une expérience harassante.

Je terminai la soirée avec Stéphanie, jeune femme de 35 ans un peu étrange que je n'arrivais pas à cerner mais qui m'était, somme toute, sympathique. Et nous restâmes ainsi à papoter de la fin de l'après-midi jusqu'à 22H.

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29 novembre 2002

Troubles

J'avais à nouveau de la diarrhée, et oui ! Réveillé à 4H du matin, je filai rapidos aux toilettes pour y retourner sur le coup de midi. Aux grands maux, les grands remèdes, j'avalai illico presto 1 lopéramide. Je n'étais pas nauséeux ce matin mais je me sentais faible et fatigué. J'avais perdu plusieurs kilos (au cours de l'épisode Pushkar) et le moindre effort me coûtait. Aussi, je décidai de rester à la guesthouse aujourd'hui et de ne pas bouger. Je n'avais pas de fièvre, rien d'alarmant donc. Je décidai de n'absorber que du riz blanc et de me remettre à l'eau minérale mélangée à du sucre et du sel afin de me maintenir bien hydraté. Ce qui m'inquiétait, c'était que je ne voyais pas trop ce que j'avais bien pu manger pour me dérégler à nouveau. Je n'avais pas mangé ailleurs qu'à la guesthouse où la cuisine était bonne et où déjeunait la majorité des résidents. J'attribuais donc cette mini-crise à mon système intestinal pas encore totalement remis depuis Pushkar. Mais elle pouvait bien être d'ordre psychologique car à l'approche de mon retour en France, je commençais à saturer de l'Inde et une vague et ridicule angoisse m'accompagnait maintenant à l'idée de rater mon avion retour et de rester coinçé dans ce pays. Du coup, j'enviais la décontraction et la bonne humeur qu'affichait Renaud en toutes circonstances. Je traînai donc lamentablement tout l'après-midi dans la pension et si la journée jusqu'à 15H00 me trouvait à peu près en forme (bien que fatigué), la fin d'après-midi me retrouvait, elle, nauséeux parfois et mal dans ma peau. Je devais même enfiler ma polaire. Curieusement, ce mal-être général s'estompait quelque peu dès la nuit tombée. Le passage délicat se situait en fait dans le basculement du jour à la nuit et cette sensation désagréable ne m'était jamais encore arrivée. Au dîner, je ne pus finir mon riz blanc qui ne passait pas, j'étais nauséeux, j'avais un sale goût dans ma bouche pâteuse et j'angoissais un maximum à l'idée d'avoir à retourner à Delhi dans cet état.

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28 novembre 2002

"End Time City"

Je "petit-déjeunai" avec Renaud, toujours aussi guilleret et de bonne humeur. Il était vraiment de bonne compagnie et c'était toujours agréable de discuter avec lui. Puis, comme prévu, j'allai me promener sur les ghats en aval du fleuve. L'impression de pesanteur était grandement altérée à cette heure de la journée où brillait un grand soleil et je ne m'en plaignais pas.

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Varanasi s'étendait sur la rive occidentale du Gange. Sur des kilomètres, cette rive était constituée d'immenses escaliers (les ghats) qui plongeaient littéralement dans le fleuve.

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Toute une vie palpitait ici : les gens lavaient leurs linges, d'autres faisaient leurs ablutions, d'autres encore priaient, certains pratiquaient le yoga et pour les moins chanceux d'entre eux, se faisaient incinérer.

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Il y avait toutes sortes de petits métiers qui officiaient là, des masseurs, des barbiers, des ramasseurs de bouses de vache, des bateliers et des "incinérateurs", le tout au beau milieu de troupeaux de buffles et de vaches placides. Je traversai le ghat principal réservé aux crémations. C'était un endroit lugubre où s'entassaient sur une hauteur de plus de 10 mètres, des stères et des stères de bois destinés aux feux à venir. Ici, 200 à 300 corps étaient ainsi brûlés chaque jour. Au moment de mon passage, 2 corps enveloppés dans un linceul brûlaient sur le bûcher. Plus loin, un préposé touillait avec un bâton les derniers restes afin que ceux-ci se consument entièrement permettant ainsi de récupérer les cendres. C'était l'enfer au grand jour et je ne m'attardai pas dans cet endroit sinistre. Le soleil qui brillait haut ne parvenait pas à repousser la laideur de cette très vieille ville sale, repoussante et rongée par le temps. Pour atteindre cette dernière, il suffisait de grimper les marches. Dès lors, c'était un labyrinthe de petites ruelles d'un mètre de large, sales et dégoûtantes d'où s'élevait une odeur infecte. Les immeubles étaient vieux, noirs, suitants de crasse et de misère et l'ensemble, apocalyptique, donnait l'impression d'une fin du monde.  Son surnom "End Time City" n'était pas usurpée et on pouvait l'adopter, au choix, au sens propre ou au sens figuré. Et je comprenais mieux maintenant pourquoi certains voyageurs affirmaient qu'il valait mieux découvrir cette ville à la fin d'un voyage en Inde qu'à son début !
Je déjeunai à ma guesthouse n'ayant aucune envie de mastiquer ailleurs. Nous restâmes un bon moment à discuter avec Stéphanie puis nous décidâmes d'accompagner Renaud qui devait aller chercher un bracelet qu'il avait commandé chez un bijoutier. Nous longeâmes à nouveau le fleuve sur les ghats jusqu'à arriver à une espèce de no'mans land à faire peur. Cette balade me permit ainsi d'occuper mon esprit qui, je ne sus pourquoi, dès l'approche de la tombée de la nuit, était envahi par une espèce de malaise indescriptible, une angoisse sourde que j'avais un peu de mal à réprimer sauf en devisant avec Stéphanie et Renaud. Je pris 2 spassfon pour éviter toute nausée qui me semblait proche et la bouffe, maintenant, avait tendance à m'écoeurer. Pour autant, il fallait bien se nourrir car sans nourriture, ma forme physique déjà peu brillante après 2 mois de voyage en Inde, aurait du mal à s'en remettre. Cette ville me plombait physiquement et psychologiquement mais je n'avais pas le choix, il fallait tenir...

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27 novembre 2002

Varanasi

J'étais arrivé à 4H30 du matin à Varanasi après une très mauvaise nuit passée dans un train bondé. Heureusement, j'avais fait le voyage avec Renaud qui, lui aussi exténué, n'était pas à prendre avec des pincettes. Nous arrivâmes à la guesthouse où évidemment tout le monde dormait. Nous fîmes suffisamment de bruit pour réveiller le gardien qui, par chance, nous trouva 2 chambres libres. Je me recouchai mais sans réussir à me rendormir. Du coup, je traînai toute la matinée à la guesthouse (qui, coup de bol, était agréable avec sa cour ombragée) et une bonne partie de l'après-midi. J'eus bien besoin de cette petite remise sur rails car la balade que je fis en fin d'après-midi sur les ghats ne me laissa pas une impression très favorable et je mis cela sur le compte de ma forme physique pas totalement encore récupérée.

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En premier lieu, le ciel était voilé du lever au coucher du soleil par un voile épais et opaque rendant l'atmosphère oppressante. Je ne sus si ce voile était dû à la chaleur, à la pollution ou à la fumée des crémations. J'optai pour les trois hypothèses. Il n'y avait donc pas de lumière douce et belle comme on en trouvait en Inde et de plus, la nuit tombait tôt (17H30) et je n'aimais pas cette impression de crépuscule dès 16H d'autant que je n'aimais pas sortir la nuit dans les rues des villes indiennes. Par ailleurs, l'ambiance générale de la ville était plombante. C'était une vieille ville d'une saleté repoussante, puante. Les ghats, au bord du Gange pollué, étaient parsemés de bouses de vaches sacrées omniprésentes d'où se dégageait une odeur fétide d'urine animale et humaine. A ce tableau peu idyllique, il fallait rajouter l'odeur des fumées de crémation qui avaient lieu régulièrement. J'avais donc descendu les ghats en amont du fleuve depuis ma guesthouse et il me restait à les parcourir sur l'aval. Et après cela, je me demandais bien ce que j'allais pouvoir bien faire dans cette ville qui me perturbait d'entrée de jeu. Comme j'avais pris déjà mon billet de train pour Delhi (départ prévu le 1 décembre), je me sentais un peu coincé. Heureusement que la guesthouse était conviviale car j'avais ainsi un lieu où me poser. Au pire, je pouvais meubler ces quatre jours en bouquinant, pourquoi pas après tout ? Il était 17H40 et il faisait déjà nuit noire en comparaison avec Jaisalmer, à l'ouest, où il faisait nuit à 18H30. Mais dans ce pays si large où passaient plusieurs fuseaux horaires, l'heure officielle ne changeait pas. Je retrouvais parfois Renaud qui avait l'air heureux comme un poisson dans le Gange mais il me confia néanmoins que lui aussi, au bout de deux ou trois jours au même endroit, il commençait à s'ennuyer ferme. J'étais comme lui. En attendant et du haut de mon balcon surplombant le fleuve sacré, je surveillai une nuée de moustiques qui voltigeaient autour d'un lampadaire tout proche en repensant à l'arrivée en gare de Varanasi, le matin même. Elle avait été épique tant une véritable marée humaine s'était déversée dans la gare dans un capharnaüm indescriptible qui se poursuivit d'ailleurs bien au delà de la gare malgré l'heure matinale. Varanasi était une ville où l'on ne dormait pas et si les ghats conservaient une certaine tranquillité malgré son atmosphère pesante, la ville, elle, était un enfer et je me sentis encore plus prisonnier au bord de ce fleuve.
La fin de soirée se passa agréablement en compagnie d'une française installée en Guadeloupe qui voyageait pendant trois mois et qui venait d'arriver en Inde après avoir passé un mois au Népal. Elle était sympa, douce et s'exprimait avec lenteur. Elle semblait très timide et, indéniablement, elle dégageait quelquechose. Nous fûmes rejoints par une autre française, celle-là, par contre, complètement azimutée et j'allai me coucher vers 22H, plutôt réconforté par cette fin de journée.

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26 novembre 2002

Sans intérêt

Cette journée qui m'amena, en bus puis en train, de Khajuraho à Varanasi en passant par Satna fut indispensable certes, mais globalement...sans intérêt particulier.

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25 novembre 2002

Khajuraho ou le prix à payer...

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Je redoutais cette journée. J'avais fait, la veille, le tour de Khajuraho en une seule journée et je craignais donc de m'ennuyer. Aussi, je traînai voir quelques autres temples et je tombai, à la banque, sur Renaud, mon commandant de police. Et ma journée prit une autre tournure. Nous prîmes un pot ensemble puis nous déjeunâmes ensemble, enfin il me proposa d'aller voir des cascades situées à une vingtaine de kilomètres de Khajuraho qui s'avérèrent n'être qu'un sacré piège à touristes. Enfin, nous finîmes la soirée au restaurant. Nous étions de véritables pies jacasses et nous parlions de tout (mais surtout de lui), de son boulot, de ses relations avec les femmes et surtout de ses voyages. Il était intarissable et il m'abreuvait d'anecdotes. J'accrochais bien avec lui et c'était avec un réel plaisir que je l'écoutais. J'aimais son franc-parler et son sens de l'équité. Il me semblait foncièrement bon et je le comparais à une sorte de bon gros nounours capable, toutefois, de sortir ses griffes et devenir très méchant. Ses pérégrinations professionnelles, ses réseaux multiples (policiers et militaires), ses origines (algérie-indochine-autriche) firent qu'il avait parcouru d'innombrables pays. Il était déjà allé à 40 ans au Japon, Vietnam, Laos, Cambodge, Thaïlande, Birmanie, Malaisie, Indonésie, Inde (5 fois), Emirats Arabes Unis, Israël, Liban, Turquie, Egypte, Maroc, Tunisie. Il connaissait également toute l'Afrique subsaharienne du Tchad au Sénégal, la Côte d'Ivoire, la Tanzanie, Madagascar et d'autres pays africains encore... Il avait parcouru le Canada, les USA et toute l'Amérique centrale jusqu'au Pérou et bien sûr bon nombre de pays européens. Il n'y avait guère que la Chine, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les ex-pays du bloc soviétique et le sud de l'Amérique latine qu'il ne connaissait pas. C'était assez incroyable et j'en restais coi. Mais, et comme il le reconnut lui-même, s'il avait bien profité de la vie de ce côté là, il n'avait pas réussi de la même manière sa vie sentimentale et cela lui pesait de façon évidente. Il y avait toujours un prix à payer... C'était un drôle de personnage, un flic hors du commun. Il me proposa une nouvelle grande excursion pour le lendemain en voiture louée mais je déclinai l'offre trop onéreuse pour mon maigre budget mais aussi parce que je n'étais pas trop sûr qu'elle vaille le coup. De toutes façons, j'étais appelé à le revoir car il devait prendre le même train que moi pour rejoindre Varanasi. L'idée d'avoir à partager quelques moments encore avec lui me réjouissait par avance...

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